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Interview de François Combeau, dans le cadre d’un mémoire universitaire

Interview de François Combeau

Pouvez-vous nous parler de la méthode Feldenkrais ?

Ce que nous appelons "Méthode Feldenkrais" est une approche globale de la personne et de son fonctionnement. Elle ne cherche pas à identifier et isoler un trouble spécifique de la personne toute entière dans sa façon d’agir, penser et se comporter dans l’environnement. Elle n’a pas comme propos de récupérer un trouble, réduire et gommer une pathologie. Elle cherche plutôt à nous faire bouger, redévelopper la capacité à apprendre, à s’ajuster, s’organiser dans l’action d’une façon plus fonctionnelle et respectueuse de notre structure et de ses règles de fonctionnements.

Vous avez bien remarqué que les troubles que les personnes évoquent devant nous, qu’elles nous montrent, sont la partie visible de l’iceberg. Il y a tout une autre réalité derrière. Ainsi, essayer de régler ce problème-là sans le voir dans un contexte global n’a pas beaucoup de sens.

Ce que je pense de plus en plus est qu’il y a deux raisons essentielles pour lesquelles les personnes peuvent avoir des difficultés, des limitations ou pathologies. C’est d’un certain point de vue assez simple :

  • Soit c’est parce qu‘au niveau de ce que l’on appelle "l’image de Soi", il y a un manque, une relation qui est perturbée, une déconnexion, un manque d’intégration, de clarté, de différenciation, etc. L’image de soi n’est qu’un sac mémoire, c’est la mémoire de toutes les expériences qui ont été vécues et c’est dans ce sac mémoire que le cerveau puise les éléments nécessaires pour construire l’action.S’il y a un manque, s’il y a eu un traumatisme qui a terni, voire étouffé une partie de l’image de soi, s’il y a des expériences qui n’ont pas été faites, ou incomplètement réalisées, alors nous allons créer des situations dans lesquelles la personne va avoir l’occasion de reclarifier cette partie de l’image de soi qui n’était pas définie et disponible.
  • L’autre raison pour laquelle il peut y avoir trouble, c’est s’il y a un problème au niveau des capacités cérébrales, c’est-à-dire que le cerveau, dans sa gestion du passage "intention-action", a des capacités qui ne sont pas développées ou insuffisamment matures et développées. À ce moment-là il va falloir travailler sur ces capacités, ça n’a rien à voir avec "l’image de Soi", il s’agit de « comment notre cerveau fonctionne pour construire l’action ». C’est la plasticité cérébrale qui est en jeu, la capacité du cerveau à créer des plans d’actions cohérents et pertinents par rapport à l’intention de la personne, la capacité de s’ajuster par rapport à l’environnement, etc.

Comment savoir quelle séance pratiquer ?

Donc, lorsque l’on voit une personne, pour moi, une des premières choses à essayer d’évaluer, c’est si l’origine du trouble est un problème au niveau de l’"image de Soi", c’est-à-dire dans la représentation que la personne a d’elle-même, (il s’agit bien, et il faut le rappeler, d’une représentation inconsciente en grande partie qui dépasse de beaucoup l’image que l’on a de soi dans le miroir, ou d’après le regard des autres), s’il y a quelque chose qui n’est pas clair, par exemple dans un trouble d’articulation ou de déglutition : la différenciation entre la langue et la mâchoire, la langue et le larynx, entre la position de la tête et de la langue, des choses assez basiques. Auquel cas ce sera relativement simple, nous allons créer des situations d’exploration, qui vont permettre de clarifier ces différents éléments. Cela suppose aussi qu’à un mouvement donné, je me sois posé la question du support physique de la voix, de la phonation, de l’articulation, de ces différentes fonctions, que je me demande ce qu’il est nécessaire pour qu’une personne puisse développer sa voix dans l’espace, quels sont les éléments nécessaires au niveau de l’image de soi, au niveau de l’expérience préalable et que je devienne capable de construire des séances adaptées pour clarifier tous ces points, ces relations, ces différenciations.

Ou bien si il s’agit plutôt d’un trouble qui vient du manque de développement d’une capacité cérébrale particulière. Une des capacités fondamentales étant la capacité à organiser l’action dans l’espace. Au départ, il y a une intention qui va s’exprimer dans une action et il faut pour cela une véritable organisation. S’organiser, c’est associer des éléments ensemble dans un ordre séquentiel et une timing particulier, dans un contexte particulier, organiser la respiration par rapport à tout cela, etc.

Dans ce cas il n’est pas besoin d’aller travailler là où est le problème, le trouble, parce que cette capacité en question n’est pas spécifique à cette fonction, à l’usage de ces éléments, elle est la même pour toute les fonctions… Si c’est la capacité d’organiser l’action, alors nous pourrons travailler indifféremment avec l’une ou l’autre des parties, l’une ou l’autre des actions… Si, par exemple, c’est une question de rapport à l’espace, nous n’aurons pas besoin de travailler là où est le problème. Nous pourrons aborder cette question, le rapport à l’espace, aussi bien au niveau du pied, de la cage thoracique et la respiration, du bras, de la tête, n’importe où.

Si c’est une difficulté, un manque